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LE MARIAGE CHRÉTIEN, UNE ALLIANCE ET UN CONTRAT-SACREMENT (Canon 1055) 1/2

LE MARIAGE CHRÉTIEN, UNE ALLIANCE ET UN CONTRAT-SACREMENT (Canon 1055) 1/2

Introduction

Le numéro 48 de Gaudium et Spes précise que le mariage comme institution divine n’est pas laissé à la fantaisie des hommes. Or, au regard de tout ce qui se passe dans la société, prenant en compte le nombre de couples en difficulté, la séparation et les divorces sans oublier les nouveaux types d’unions prônées et promues dans diverses législations, tout laisse à croire que le mariage est laissé à la fantaisie des hommes et des femmes qui, vivant dans une société du jetable, tendent à faire du mariage une institution jetable.  Dans ce contexte, le thème se propose de découvrir le mariage canonique qui est une réalité naturelle, une alliance et un contrat-sacrement. Trois aspects sont retenus pour la compréhension du thème « Le mariage, une alliance et un contrat-sacrement » à savoir : 1. La nature du mariage ; 2. Le mariage in fieri et in facto esse ; 3. Le principe de l’inséparabilité du contrat-sacrement. Dans cette partie, nous présenterons la nature du mariage qui, dans sa compréhension fait appelle à la notion du mariage in fieri et in facto esse.

La nature du mariage

Les éléments d’origine naturelle et divine déterminant la nature du mariage sont contenus dans la bible et dans les documents conciliaires et pontificaux. En effet, à la lumière du Livre de la Genèse 1, 27 et 2, 24, et de l’Évangile selon saint Mathieu 19, 4-5, on retient que le mariage est dans sa nature une union entre un seul homme et une seule femme. Aussi ne peut-il exister qu’entre deux personnes de sexes différents, entre lesquelles il existe une « égale dignité personnelle » (Gaudium et Spes 49). Le mariage est défini comme « totius vitae consortium » c’est-à-dire une communauté de toute la vie qui est identifiée, dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes n°48, à « La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple » (cf. aussi Familiaris consortio. n° 11 et 13). Cette communauté de vie, poursuit le même document conciliaire, « a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur; elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution, que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de l’acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l’homme ». Le mariage dans sa dimension naturelle et divine est « d’une extrême importance pour la continuité du genre humain, pour le progrès personnel et le sort éternel de chacun des membres de la famille, pour la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité de la famille et de la société humaine tout entière ». (Gaudium et Spes n°48 et aussi les n° 49-50). Cette communauté de vie est caractérisée par deux propriétés essentielles : l’unité et l’indissolubilité (cf. can. 1056). L’unité consiste dans le fait que le mariage ne peut être réalisé qu’entre une seule femme et un seul homme et elle s’oppose à la polygamie (cf. Gaudium et Spes n° 47 et Familiaris consortio n° 19). Quant à l’indissolubilité, elle rend absolue le lien matrimonial qui dure toute la vie et ne peut être rompu qu’à la mort de l’un des conjoints. Le mariage conclu et consommé entre deux baptisés jouit d’une indissolubilité absolue et, dans ce cas, il « ne peut être dissous par aucune puissance humaine ni par aucune cause, sauf par la mort » (can. 1144). On peut distinguer : l’indissolubilité intrinsèque d’après laquelle le consentement donné par les époux est irrévocable et le lien matrimonial reste soustrait à tout pouvoir ou à leur bon plaisir ; l’indissolubilité extrinsèque qui admet des cas exceptionnels dans lesquels le mariage peut être dissout : 1. par dispense du Pontife romain : mariage conclu et non consommé (can. 1142) ; 2. par le privilège paulin cann. 1143-1147 ; par le privilège pétrinien (pouvoir vicaire du Pontife romain) : can. 1148-1149.

Le mariage in fieri et in facto esse

Le mariage canonique est défini au canon 1055 § 1 en ces termes : « L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement ». Cette définition contient des mots et expressions importants: « communauté de toute la vie » et « l’alliance matrimoniale » ; « le bien des conjoints » et « la génération et l’éducation » ; « la dignité de sacrement » et « le sacrement et contrat matrimonial ». La compréhension de la notion de contrat fait appel au consentement matrimonial dans son double cadre d’expression à savoir le mariage in fieri et le mariage in facto esse.

En effet, le terme « consortium » du canon 1055 (c’est-à-dire, « une communauté » en lien avec celui de « fœtus matrimoniale », l’alliance matrimoniale) exprime le nature personnaliste du mariage qui est explicitement formulée au canon 1057, § 1 « le consentement fait le mariage ». En fait, le consentement est l’élément constitutif du mariage ; il est défini, dans le canon 1057 § § 2, comme un acte de volonté[1]. La doctrine distingue, pour une meilleure compréhension de cette affirmation, deux aspects fondamentaux du consentement matrimonial dans le cadre du mariage canonique : le mariage in fieri et le mariage in facto esse.

Le consentement matrimonial dans le cadre du mariage in fieri désigne l’acte de volonté des deux parties qui contractent le mariage au moment de sa célébration. Sous cet aspect, l’accent est mis sur le moment de l’échange des consentements qui est le moment constitutif du mariage. Les consentements échangés entre les deux parties fait naître le mariage, communauté de vie. C’est donc l’acte de volonté entre un homme et une femme, les conjoints contractants, qui donne naissance au mariage en ce sens qu’ils s’engagent à constituer entre eux une communauté de vie et cette communauté nait effectivement à partir de l’échange de leurs consentements. C’est pourquoi le droit canonique défend la liberté des parties contractantes sans laquelle il ne peut avoir mariage et met tout en œuvre pour que le consentement donné ne comporte de vice, d’infection[2].

Le consentement matrimonial dans le mariage in facto esse désigne l’acte de volonté des conjoints qui doit être renouvelé dans leur vécu quotidien. Il signifie que le consentement donné au moment de la célébration du mariage doit être renouvelé chaque jour, car sans ce renouvellement la communauté de vie peut être mise en mal. Aussi, le mariage in facto esse se comprend-il comme l’exigence de l’animation de la communauté de vie par la fidélité et l’amour que les conjoints se donnent et reçoivent mutuellement. Le mariage in facto esse renvoie à la communauté de vie pleine, totale qui embrasse le quotidien, l’existence entière des conjoints. Ici, la communauté d’amour conjugal n’est pas un simple sentiment et ne se limite pas à sa naissance le jour de la célébration (naissance qui consiste essentiellement dans l’échange du consentement par les parties contractantes), mais elle engage vers l’autre personne, engagement qui s’assume avec un acte de volonté ferme et quotidien. Par conséquent, une fois que l’engagement est donné et accepté à la célébration, l’amour devient conjugal, il vit, grandit et porte du fruit dans la communauté de toute la vie qui naît au même moment que cet amour conjugal, et il ne perd jamais le caractère permanent.

En somme, le mariage in fieri et le mariage in facto esse sont réciproquement liés et absolument indispensables pour la compréhension du mariage, comme communauté de toute la vie. Ces deux intègrent de façon harmonieuse le mariage comme contrat-sacrement dont parle le canon 1055. C’est donc un contrat naturel que le Christ a élevé au rang de sacrement c’est-à-dire, signe et moyen de sanctification (cf. can. 840). Entre baptisés, le contrat et le sacrement sont inséparables, car ils forment une réalité unique (cf. can. 1055). Ce principe d’inséparabilité entre contrat matrimonial et sacrement a non seulement des conséquences théologiques et juridiques mais exige que le consentement ait des caractéristiques et porte sur le mariage lui-même, ses éléments essentiels, ses propriétés et finalités.

[1] Cf. Can. 1075 § 7 du CIC/83 : « Le consentement matrimonial est l’acte de la volonté par lequel un homme et une femme se donnent et se reçoivent mutuellement par une alliance irrévocable pour constituer le mariage ».

[2] Cf. Cann. 1095-1103.

Père Honoré Beugré / La-Croix
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