H1 (1160×200)
H1 (1160×200)

L’Église fustige la confessionnalisation du conflit centrafricain

L’Église fustige la confessionnalisation du conflit centrafricain

Dans un message publié le 11 juin, les évêques centrafricains ont dénoncé l’instrumentalisation de la religion et la confessionnalisation de la crise en cours dans leur pays. Depuis 2013, la Conférence épiscopale centrafricaine a plusieurs fois dénoncé la confessionnalisation de la crise qui secoue le pays en la qualifiant de « militaro-politique ».

Dans un message publié le 11 juin, elle s’est de nouveau inquiétée de la tournure religieuse du conflit centrafricain, fustigeant l’instrumentalisation de la religion.

En Centrafrique, les assassinats pour des motifs religieux ont augmenté depuis 2017. En mai 2017, l’imam de Bangassou a été assassiné avec plusieurs de ses fidèles. Quelques mois plus tard, le 14 octobre 2017, des fidèles musulmans ont été assassinés dans une mosquée, en pleine prière en Kembé. Du côté des chrétiens, le 7 février 2017, le pasteur Jean-Paul Sankagui a été assassiné dans le quartier du PK5. Le 21 mars 2018, le père Joseph-Désiré Angbabata a été tué à Séko avec des fidèles. Plus récemment, le 1er mai 2018, le père Albert Tungumale-BabA Makimos a été tué avec des fidèles à la paroisse Notre-Dame de Fatima.

Le désir de vengeance

Aux yeux des évêques centrafricains, cette violence préoccupante est aggravée par le désir de vengeance. « Nous attirons l’attention du peuple centrafricain sur la vengeance aveugle qui risque de nous entraîner au génocide et ainsi à la réalisation de cet agenda caché, ont-ils mis en garde. Les Centrafricains doivent savoir qu’on veut les prendre en otage et les instrumentaliser à des fins machiavéliques. »

L’épiscopat de ce pays en crise a en outre estimé que les « ennemis du peuple » qui alimentent la crise centrafricaine obéissent à un « agenda caché ». Pour les évêques, ces « ennemis du peuple » fomentent un complot pour « partitionner le pays, le rendre ingouvernable, le mettre sous protectorat ».

La crise centrafricaine a eu un effet dévastateur sur l’économie du pays qui reste dernier sur 188 pays dans l’indice de développement humain (Pnud). 2,4 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, plus de 633 300 personnes déplacées à l’intérieur du pays et 545 497 réfugiés dans les pays voisins, 1,4 million de personnes en situation d’insécurité alimentaire et 1,8 million d’enfants affectés par la crise.

Les soldats russes et la Minusca

Le message de l’épiscopat centrafricain aborde, par ailleurs, la question de la présence de soldats russes dans le pays, faisant remarquer que loin de faire l’unanimité, elle provoque un « remue-ménage » dans l’intelligentsia.

Depuis mars, des militaires russes assurent en effet la protection rapprochée du président centrafricain Faustin-Archange Touadera. Il s’agit d’une section de forces spéciales russes assurant la « première ceinture » de la garde rapprochée du président. Cette présence russe est largement commentée dans les médias centrafricains.

En dehors des questions que pose cette présence russe, les évêques de Centrafrique ont appelé la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca) à respecter son mandat qui est de protéger les sociétés civiles centrafricaines et de prendre des mesures d’appui aux autorités du pays.

Mémorandum du PRC

Ce texte des évêques centrafricains présente de nombreuses similitudes avec le mémorandum publié le 25 mai par la Plateforme des confessions religieuses de Centrafrique (PCRC) qui réunit les Églises catholiques et protestantes et la communauté musulmane.
Les confessions religieuses centrafricaines dénonçaient, dans leur mémorandum, l’instrumentalisation de la religion et les ingérences étrangères qui aggravent la crise.

Depuis la chute du président François Bozizé en 2013, de nombreux groupes armés s’affrontent en Centrafrique. L’ancien président avait été chassé par un coup d’État fomenté par la Séléka, une coalition de groupes armés à majorité musulmane venue du nord du pays et de mercenaires venus du Tchad et du Soudan.

En réaction aux actions de la Séléka, des milices d’autodéfenses « anti-balaka », composées d’animistes et de chrétiens, se sont formées. Ces milices s’en sont prises aux musulmans, donnant au conflit une tournure religieuse. D’après plusieurs observateurs, les groupes armés s’affrontent aujourd’hui surtout pour le contrôle des gisements de diamants, or et uranium.

La-Croix
Partager

Commentaires

commentaires

Related posts